le pacte associatif de la Fédération anarchiste

Préambules

Nous, anarchistes, réunis à la Fédération anarchiste, sommes conscients de la nécessité de l'organisation spécifique. Nous propageons nos idées et voulons réaliser une révolution radicale et globale, à la fois économique et sociale, afin que soient détruites les sociétés fondées sur la propriété privée ou étatique des moyens de production et de la distribution, toutes les exploitations, l'ignorance et la misère, ainsi que les rapports d'autorité.
Nos objectifs

Les anarchistes luttent pour une société libre, sans classe ni État, ayant comme buts premiers :

* l'égalité sociale, économique de tous les individus
* la possession collective ou individuelle des moyens de production et de distribution, excluant toute possibilité pour certains de vivre en exploitant le travail des autres
* l'égalité des la naissance des moyens de développement, c'est-à-dire d'éducation et d'instruction dans tous les domaines de la science, de l'industrie et des arts
* l'organisation sociale sur les bases de la libre fédération des producteurs et des consommateurs, faite et modifiable selon la volonté de leurs composants
* la libre union des individus selon leurs convenances et leurs affinités
* l'abolition du salariat, de toutes les institutions étatiques et formes d'oppression qui permettent et maintiennent l'exploitation de l'homme par l'homme, ce qui implique la lutte contre les religions et les mysticismes, même s'ils se cachent sous le manteau de la science, contre le patriotisme et pour la fraternisation de tous les groupes humains, et l'abolition des frontières.

C'est la société entière que nous voulons reconstruire sur une base de respect et d'entraide, non pour un individu, une classe ou un parti, mais pour tous les individus ; la question sociale ne pouvant être résolue définitivement et réellement qu'a l'échelle mondiale.
Notre rôle

L'anarchisme est un objectif de société globale, un idéal, mais aussi les moyens pour y parvenir, ceux-ci étant bases sur les mêmes principes organisationnels et éthiques : fédéralisme et entraide. En tant qu'individus conscient de leur exploitation, les anarchistes entendent lutter avec tous les exploités contre tous les gouvernements, reconnaissant ainsi l'existence de la lutte des classes dont la finalité doit être l'instauration d'une société anarchiste.

Nous devons faire en sorte que les classes sociales exploitées accèdent à la capacité politique nécessaire à leur émancipation. Ce sont les classes exploitées qui réaliseront la société anarchiste, car les exploiteurs ne se laisseront jamais déposséder et emploieront toutes leurs forces, même brutales, contre l'émancipation des travailleurs.

La seule propagande des idées étant insuffisante, la participation aux luttes continuelles revendicatives et émancipatrices s'avère nécessaire pour que les individus veuillent toujours plus et mieux, jusqu'a atteindre une situation de rupture qui permettra leur émancipation totale.

Nous devons inciter les travailleurs et l'ensemble des exploités à combattre les médiations qui vont à l'encontre de leurs intérêts de classe, et à opter pour l'action directe (c'est-à-dire pour des actions décidées et menées sans intermédiaire), et sa coordination sur le mode fédéraliste.

Ennemis de tout despotisme, les anarchistes repoussent toutes les théories autoritaires dont celles inspirées du marxisme, du cléricalisme, du monarchisme, du fascisme, du libéralisme bourgeois et de tout autre.

La révolution est nécessairement constituée de phases destructrices des institutions d'oppression et de phases constructives de la société nouvelle. Cette société, nous voulons qu'elle soit gérée par tous et qu'elle s'instaure dès le début sur la base de structures anarchistes.

C'est pourquoi la Fédération anarchiste se doit être un outil adapté pour la révolution, jusqu'a la concrétisation des objectifs précédemment définis.

Engagement militant

La Fédération anarchiste est une organisation regroupant des militants conscients idéologiquement et pratiquement, ayant connaissance des différents aspects de l'anarchisme et de la Fédération anarchiste. Elle est organisée sur le principe du libre fédéralisme conservant aux groupes et individus qui la composent leur autonomie dans le cadre des Principes de Base. C'est à tous les militants qu'il appartient de la faire progresser, car elle ne reconnaît pas en son sein la division dirigeant/exécutant.

La participation effective des militants aux ½uvres collectives de l'organisation est un principe d'ethnique et de solidarité qui ne nuit pas pour autant au principe de liberté.

Le fédéralisme de la Fédération anarchiste permet le pluralisme des idées et actions compatibles avec ses principes.

Tout ce qui précède ne peut évidemment indiquer que les grandes lignes des buts poursuivis par les anarchistes. Il sera nécessaire, pour les approfondir, de prendre connaissance des écrits anarchistes et de suivre les travaux des groupes.

L'action de la Fédération anarchiste

L'action de la Fédération anarchiste est basée avant tout sur la défense des exploités et sur leurs revendications révolutionnaires ; mais sans que soit perdu de vue le fait que ce sont à la fois les classes et les positions d'esprit qui s'opposent à l'anarchie.

Cette action est menée sur tous les plans de l'activité humaine, selon les vues et les moyens de chaque tendance.

Pour cette raison, la Fédération anarchiste reconnaît :

* la possibilité et la nécessité de l'existence de toutes les tendances libertaires au sein de l'organisation
* l'autonomie de chaque groupe
* la responsabilité personnelle et non collective
* l'organe du mouvement, Le Monde libertaire, ne peut être l'organe d'une seule tendance ; celles-ci ont donc toute possibilité d'éditer des organes particuliers, avec l'assurance que l'organe du mouvement leur accordera toute publicité, ainsi d'ailleurs qu'a toute activité s'exerçant dans le cadre de la culture, de la recherche, de l'action ou de la propagande anarchiste
* la nécessité de relations cordiales, compréhensives, avec les mouvements allant dans le sens anarchiste sur un point particulier

Enfin, lorsqu'une tendance engage une action, dès que cette action n'est pas contraire aux idées de base de l'anarchisme, les autres tendances, si elles ne sont pas d'accord pour participer à cette action, observent à son égard une abstention amicale. La critique de cette action demeure libre après l'évènement.

Les groupes ont la faculté de se donner l'orientation de leur choix : anarcho-syndicalisme, communiste-anarchiste, néo-malthusienne, anarcho-pacifiste...

Ils ont naturellement la possibilité de cumuler toutes ces tendances.

Des régions peuvent être formées et ne peuvent être que sur l'initiative des groupes la composant, le Comité des Relations ne pouvant apporter que des suggestions dans ce domaine.
Organisation

Le Comité de relations

Un comite de coordination existe dans le but de faire connaître les informations, suggestions, propositions pouvant émaner d'un individu ou d'un groupe, sans autre droit, pour les camarades composant ce comite, que celui de n'importe quel autre militant de présenter propositions, suggestions, informations.

La seule dérogation à cela peut être constituée par des initiatives touchant l'adhésion à un congrès, cartel, comite (exemples : congrès anarchiste international, Forces libres de la Paix).

Il va de soi que, dans ces divers organismes, le fond même de notre idéologie ne doit pas être remis en cause et que notre présence ne doit viser qu'à des buts précis : opposition à la guerre, efforts pour arracher des militants à la mort, protestations contre une agression contre le peuple...

Secrétaire général

Son rôle est de répartir le courrier et les responsabilités entre les différents membres, de veiller à la bonne entente au sein de ce comité, d'assurer la tenue du congrès selon le v½u du précédent, par des rapports en temps voulu avec les camarades qui en sont chargés.

Secrétaire aux Relations intérieures

Son rôle est d'assurer la correspondance avec les groupes, de les tenir au courant des lettres des sympathisants de leurs régions désireux de se joindre à nous, de diffuser les suggestions intéressantes, qu'elles émanent d'une région, d'un groupe ou d'une individualité, de renseigner le mouvement dans son entier des possibilités d'actions dont il dispose : noms de propagandistes par la parole, leurs sujets de conférence, leur possibilité de déplacement, d'assurer la propagande par des campagnes dont les thèmes peuvent être suggérés par d'autres militants, comme ils peuvent émaner de lui (les groupes en désaccord avec l'efficacité de celle-ci ont toujours la possibilité de ne pas y participer), de développer partout ou il le peut la Fédération anarchiste par la création de nouveaux groupes, de présenter le bilan, lors de chaque congrès, de la progression, de la stagnation ou du recul de notre organisation en raisons des rapports des groupes.

Le secrétaire aux RI, lors de la constitution d'un groupe, prendra un contact direct avec celui-ci, soit en l'établissant lui-même, soit en déléguant, pour le représenter et lui en rendre compte, un camarade connu, habitant un lieu géographique proche du nouveau groupe.

Ces contacts, outre leur caractère humain, constitueront par le dialogue engage une mesure de probité intellectuelle, tant de la part du groupe postulant vis-a-vis de la Fédération anarchiste, que de la Fédération anarchiste vis-à-vis du groupe postulant.

Secrétaire aux Relations extérieures

Son rôle est d'assurer des contacts amicaux avec des groupements parallèles, sympathisants ou même simplement indépendants, faire connaître dans leur sein notre mouvement, notre journal, en un mot, nous montrer à eux sous notre vrai jour, d'envisager des actions communes avec eux sur des objectifs précis à la faveur de cartels, d'organismes de liaison ou simplement de campagnes sans lendemain. Un tel effort peut nous permettre la diffusion de notre presse à leurs manifestations, l'apposition de nos affiches dans leurs locaux, le reproduction de nos communiques et de nos articles dans leurs journaux, voire notre participation à leurs meetings. Il va sans dire que de tels résultats ne peuvent être obtenus sans réciprocité.

Secrétaire aux Relations internationales

Ses contacts s'exercent avec les organisations anarchistes de langues étrangères. Il se tient en rapport avec elles pour tout ce qui concerne les événements mondiaux et s actions des anarchistes, et se documente sur la mesure dans laquelle ils ont pu les inspirer et les impulser. Il renseigne les camarades de tous les pays sur le climat et l'activité des anarchistes dans le monde. Il permet également d'apporter des informations correctives à celles que donne la presse officielle. Enfin, il peut alimenter la rubrique internationale de notre journal, Le Monde libertaire.

Secrétaire à la trésorerie

Le trésorier perçoit directement des groupes ou individualités appartenant à la Fédération anarchiste une cotisation annuelle minimum (somme fixée volontairement peu élevée pour permettre à tous d'y souscrire et généralement la dépasser).

Dans le respect de l'autonomie des groupes, le trésorier n'a pas à connaître les noms et adresses des adhérents de chaque groupe, mais simplement leur nombre, confiance étant faite au trésorier du groupe qui le déclare.

Le trésorier tient au courant le secrétaire du Bulletin intérieur de la liste des adhérents (groupes ou individualités) à qui adresser ledit bulletin (réservé aux seuls membres de la Fédération anarchiste). La trésorerie permet d'assurer les frais de correspondance, les frais de déplacements des membres du comite au congrès, l'adhésion à des cartels, d'aider éventuellement à la sortie d'une affiche, à la propagation d'une campagne ou au soutient de notre journal.

Administration

Les administrateurs sont nommes par le congrès. Leur rôle est de veiller à la parution régulière du journal et à la bonne marche des ½uvres du mouvement : Monde libertaire, librairie, etc...

Comme tous les autres responsables nommes par le congrès, ils peuvent s'entourer, pour les aider dans leur tache, d'un ou plusieurs militants appointes ou non.

Comité de rédaction

Le Comité de rédaction a pour fonction d'assurer la rédaction régulière du Monde libertaire. Tous les articles soumis à son appréciation, sauf opposition de principe motivée de l'un de ses membres, sont publies.

Un article refuse est renvoyé à son auteur avec les raisons du refus.

Nommes et révocables par le congrès, les membres du Comité de rédaction peuvent coopter en cours de mandat, à l'unanimité, un ou plusieurs camarades en cas de défection d'un ou plusieurs de ses membres.

Radio libertaire

Le secrétariat de Radio libertaire participe comme les autres secrétariats au Comité de relations.

Quatre postes sont établis pour assurer le bon fonctionnement de la station :

* secrétaire à la programmation : il est responsable de la grille, de l'agencement des programmes, de leur parution dans Le Monde libertaire et de la qualité des émissions. Il se tient en relation avec les différents secrétariats Fédération anarchiste pour assurer le passage des informations et des communiques sur Radio libertaire
* secrétaire aux finances : il est charge de gérer le budget de la radio et de veiller à l'autofinancement de Radio libertaire
* secrétaire à la technique et à l'entretient : il est responsable de la maintenance du matériel et du studio, présente des prévisions d'investissement au secrétaire aux finances
* secrétaire de l'association : il s'occupe du fonctionnement de l'association « Diffusion des moyens de communication », garante de Radio libertaire au niveau légal.

Secrétaire à l'Histoire et aux archives

Sa fonction est de ressembler, d'archiver différents documents (affiches, brochures, tracts, livres, etc.) ayant trait au mouvement anarchiste en général et à la Fédération anarchiste en particulier, dans le but de sauvegarder notre mémoire militante. Pour assurer ces fonctions, le secrétaire peut s'entourer de militants.

Fonctionnement du Comité de relations

La lecture de ce qui précède indique assez clairement l'interpénétration des différents postes, et notamment la liaison qui ne peut cesser d'exister entre les secrétaires aux Relations intérieures et aux Relations extérieures, cela en contact avec le secrétaire à la trésorerie, qui règle en fonction de ses possibilités l'envergure et la périodicité des actions à entreprendre.

Ce comite se réunit de façon régulière et sur convocation du secrétaire général.

Chaque secrétaire est responsable de son poste et, par conséquent, est seul à décider des mesures à prendre en ce qui le concerne. Toutefois, il ne peut le faire, tant pour des raisons pratiques que morales, sans en avoir débattu avec tous et sans avoir tenu compte des objections, oppositions qui peuvent lui avoir été apportées. Ainsi, si le travail s'accomplit en équipe, les décisions en dernier ressort sont prises par les ressortissants à chacun des postes, seuls responsables devant le congrès pour ce qui les concerne.

Chaque secrétaire peut s'entourer d'une commission de son choix pour l'aider dans sa tache et dont il prend l'entière responsabilité.

Le Bulletin intérieur

Le Bulletin intérieur est indépendant du Comité de relations, et pour son contenu, et pour son financement. Le CR ne peut y exercer un droit quelconque de censure ou d'interdit. Il est ouvert à tous sans que joue la moindre censure de la part de ceux qui en ont la charge.

Tous les articles y ont leur place, sauf ceux qui pourraient avoir un caractère de calomnie.

Tout article refuse par le Comité de rédaction du Monde libertaire peut paraître avec cette mention dans le BI. Enfin, le Comité de relations y a recours lui-même pour ses communiqués aux groupes, ses actions, ses rapports d'activité lors de chaque congrès.

Le chapeautage de textes (groupes et individuels) ne doit pas exister dans le BI.

Le groupe gestionnaire du BI doit attendre le numéro suivant pour donner sa position, au même titre que les autres groupes.

Les abonnements au BI

Lorsque le groupe gestionnaire du BI reçoit une demande d'abonnement au BI, il demandera la conformité de l'appartenance à l'organisation du demandeur à la trésorerie. Les mêmes contrôles s'effectuerons pour les adhésions au travers du groupe, afin que les groupes ne reçoivent pas un nombre supérieur de BI au nombre adhérents, plus un pour les archives. En cas de démissions, la trésorerie informe les gestionnaires des démissions d'individuels ou de groupes. Les secrétaires de groupes signaleront directement les démissions dans leurs groupes pour rectifier le nombre de BI à recevoir.

La parution du BI sera mensuelle (sauf s'il n'y a pas d'articles).

Sauf impossibilité, son siège est fixe en province, tant pour décongestionner la capitale que pour permettre à cet organe une parfaite autonomie.

En cas de défaillance du groupe responsable, le Secrétaire général peut en confier provisoirement la tache à un autre groupe.

Le congrès

Le congrès, ouvert aux seuls membres de la Fédération anarchiste (sauf invitation du Comité de relations), organisé par le groupe proposé et désigné par le précédent congrès, en liaison avec le Secrétaire général, a pour objet :

* de faire le point de la situation morale et financière de la Fédération anarchiste et de ses ½uvres
* de débattre des motions, propositions, études, présentées par les groupes, individuels ou organisme de la Fédération anarchiste, et -*d'en tirer les grandes lignes des campagnes à mener au cours de l'année, ainsi que les décisions nécessaires à la bonne marche de la Fédération.

L'adhésion

L'adhésion à la Fédération anarchiste repose sur deux facteurs :

* l'un matériel : le règlement des cotisation
* l'autre moral : l'acceptation sans réserve des principes énoncés par la présente déclaration. Il en résulte que leur remise en cause publique consiste par la-même le contrat de rupture de l'auteur de cette remise en cause avec la Fédération anarchiste.

Les principe de base ne peuvent être complètes ou modifies (après proposition de textes soumis quatre mois avant le congrès) que par l'unanimité de celui-ci, mais sans que puissent être remis en cause nos concepts indiqués dans les préambules : autonomie des groupes et pluralité des tendances.

Tout membre de la Fédération anarchiste a le droit et non l'obligation d'adhérer à des organisations culturelles, philosophiques, syndicales, pacifistes, de loisirs de son choix, dans le mesure où ces adhésions sont compatibles avec l'anarchie.

Cependant, toute liberté est laissée sur le plan de l'organisation du groupe de mener avec ces mouvements des actions communes.

Quiconque souscrit à cette déclaration peut adhérer à la Fédération anarchiste, soit par le canal d'un groupe, soit individuellement (en raison de son éloignement de tout groupe ou simplement parce qu'il désire rester isolé).

# Posté le vendredi 11 février 2005 08:22

OSER ET COMPRENDRE L'ANARCHIE

L'anarchie, alternative au désordre
« L'Anarchie est la plus haute expression de l'ordre »
Elisée Reclus

"C'est l'anarchie !"

" C'est l'anarchie ! ". Les gens de pouvoir, les médias utilisent à profusion le terme anarchie pour désigner le chaos économique, politique et moral de notre société. L'emploi du mot anarchie tendrait à faire croire que ce monde est livré aux mains de forces diaboliques qui veulent renverser le bel édifice que les peuples disciplinés, conduits par les Etats, ont bâti au cours des siècles. Pourtant, ce sont bien les Etats qui se partagent et gouvernent la planète. C'est bien à eux que l'on doit le désordre économique dans lequel nous vivons. Faire mieux que les Etats dans les domaines du chaos et de l'horreur est difficile...

Qui peut croire encore que le pouvoir est synonyme d'organisation ? Ceux qui vivent du pouvoir, très certainement. Mais pas les anarchistes. Le chaos institutionnalisé, le pouvoir et l'esclavage ont fait leur temps. Aujourd'hui, choisir l'anarchisme, c'est faire preuve de réalisme et de sens organisationnel.

Nos détracteurs (des fascistes aux marxistes en passant par les démocrates) nous considèrent comme des terroristes ou des idéalistes en retard d'une révolution. Il y a ceux aussi qui prétendent défendre l'anarchisme, mais qui préconisent une société sans règle, sans morale, sans contrainte, dans laquelle on pourrait faire ce que l'on veut. Quel choix le citoyen raisonnable pourra-t-il faire entre les propositions d'autoritaires de toutes sortes qui ont montré leur faillite, et celles des nihilistes de tout poil qui prétendent que demain on rasera gratis, tout étant résolu par la suppression pure et simple de toutes les institutions mises en place jusqu'à nos jours ?

La pensée libertaire englobe un projet de société différent de tous les modèles connus jusqu'à présent.

Alors, l'anarchie, c'est quoi ?

C'est l'état d'un peuple, et plus exactement encore, d'un milieu social sans gouvernement. Hormis les anarchistes, tous les philosophes, tous les moralistes, tous les sociologues, y compris les théoriciens démocrates et les doctrinaires socialistes, affirment qu'en l'absence d'un gouvernement, d'une législation et d'une répression qui assure le respect de la loi et sévit contre toute infraction à celle-ci, il ne peut y avoir que désordre et criminalité. Les anarchistes affirment que "l'anarchie est la plus haute expression de l'ordre ".

Anarchie et ordre ?

Notre ordre repose sur l'entente (principe de Liberté, opposé au principe d'Autorité). Au contraire, les autres propositions d'organisation de la société - socialisme, libéralisme, marxisme... - ont toujours octroyé à une minorité de privilégiés le droit de gérer la société à la place des concernés et pour leur propre profit. Ce mode de gestion porte un nom : l'État. L'État est l'expression politique du régime économique auquel est soumise la société. Il permet et justifie l'oppression et l'exploitation de l'homme par l'homme : il confisque à l'individu son pouvoir - en dictature comme en démocratie (élections) - et met ce pouvoir au service du capital (répression des mouvements sociaux, aides financières...).

L'État, à force d'être omniprésent, finit par se superposer à la société, et tente de faire croire qu'en-dehors de lui elle ne saurait fonctionner. Cette illusion est d'autant plus pathétique que l'Etat constitue de fait un groupe social à part entière, coupé des réalités des individus et des autres groupes sociaux. Il ne sert qu'à maintenir l'ordre (fonctions législative et répressive) au service des intérêts de la classe exploiteuse, qu'on la nomme patronat, bourgeoisie ou nomenklatura.

Il s'appuie pour cela sur une morale dégradante et humiliante pour l'être humain, secondé en ce sens par la religion qui légitime elle aussi l'exploitation et la domination, se contentant parfois d'en condamner les manifestations les plus brutales, sans jamais émettre de critique de fond ni proposer d'autre modèle que patriarcal, conservateur, hiérarchique et caritatif

Les anarchistes refusent ce modèle sociétaire, oppresseur, exploiteur, négation de l'individu et de ses aspirations. Ils cherchent par tous les moyens à montrer qu'il est possible et souhaitable de vivre dans une société égalitaire, gérée directement et librement par ses diverses composantes : individus, groupements sociaux, économiques, culturels, et ce dans le cadre du fédéralisme libertaire.

Le refus de l'autorité.

Le refus de l'autorité n'est pas apparu avec les théories libertaires. Il les précède largement au travers des actes, des attitudes d'individus ou de groupements sociaux. Certains événements historiques nous le rappellent : par exemple les révoltes des esclaves dans la Rome antique, les jacqueries paysannes du Moyen âge, l'essor de la Renaissance, les philosophes des Lumières, la Révolution française. Plus près de nous, ces théories ont participé au déclenchement de la Révolution de 1848, de la Commune de Paris, de la Révolution russe et de la Révolution espagnole. Autant de lieux, de situations, dans lesquels des hommes ont cherché à desserrer, voire à abolir l'étau oppressif dans lequel ils se sentaient pris au piège.

En replaçant ces événements dans le contexte historique et social qui leur a donné naissance, on s'aperçoit qu'ils visent le même but : l'amélioration des conditions d'existence, le partage des richesses, le droit à la connaissance, l'instruction, le bien- être, bref une aspiration au bonheur. Ces mouvements de révolte ont été pour la plupart écrasés (les esclaves, les paysans, la Commune de Paris), ou récupérés au profit d'une classe ou d'un parti (la bourgeoisie émergente sous la Révolution française, les Bolcheviks dans la Révolution russe), ou encore détournés de leur but (les monarques dits " éclairés " du Siècle des Lumières). Car malgré l'embryon de liberté qu'ils contenaient, ils n'étaient pas suffisamment forts ni structurés pour renverser le cours des choses. Ils étaient des utopies dans le sens où ils ont osé projeter sur l'écran de l'avenir des images en contradiction avec celles de leur temps.

Héritages.

Cet héritage philosophique a été théorisé puis mis en pratique au XIXè siècle, coïncidant en cela - et non sans raison - avec l'apparition du nationalisme et de l'étatisme.

On s'accorde aujourd'hui à dire que Pierre - Joseph Proudhon est le "père" de l'anarchisme, le théoricien du système mutualiste et du fédéralisme, et l'inspirateur du syndicalisme ouvrier. Son influence sur le mouvement ouvrier a été réelle, puisqu'au sein de l'Association Internationale des Travailleurs (A.I.T.) existait un courant nettement proudhonien.

Le Congrès de Saint-Imier (1872) jette les bases de l'anarchisme. Les délégués réunis proclament " que la destruction de tout pouvoir politique est le premier devoir du prolétariat ", " que toute organisation d'un pouvoir politique soi-disant provisoire et révolutionnaire pour amener cette destruction, ne peut être qu'une tromperie et serait aussi dangereuse pour le prolétariat que tous les gouvernements existant aujourd'hui... ".

Ces idées, reprises de Michel Bakounine et de la Première Internationale, resteront présentes jusqu'à nos jours. Elles seront l'apanage de Louise Michel (Commune de Paris), du 1er Mai 1885 (Etats-Unis), de Fernand Pelloutier (Bourses du Travail), des explications du monde d'Elisée Reclus, éminent géographe, de Pierre Besnard (anarchosyndicalisme), de Pierre Kropotkine et du communisme libertaire, de Paul Robin et de son école libertaire de Cempuis, de Jean Grave et de ses quarante ans de propagande anarchiste, de Gustave Landauer, fusillé par la soldatesque en 1919 pour sa lutte au côté des Conseils Ouvriers de Bavière, de Nestor Makhno et de son engagement dans la révolution russe, de Sacco et Vanzetti, assassinés par chaise électrique pour leurs idées, d'Erich Mühsam, poète et dramaturge allemand, mort dans un camp de concentration en 1933, de Buenaventura Durruti pendant la guerre d'Espagne, d'Armand Robin et ses langues multiples, pour ne citer que quelques-uns.

Après la seconde guerre mondiale, elles resurgiront et verront la création de la Fédération Anarchiste Francophone, de l'Internationale des Fédérations anarchistes dans le monde ; elles impulseront la reconstruction de la Confédération Nationale du Travail, anarchosyndicaliste, affiliée à l'A.I.T., elles souffleront dans les rangs de Mai 68 et de la contre-culture, dans le mouvement social...

De l'anarchie à l'anarchisme.

Ainsi donc, l'anarchie est ce que nous entrevoyons (société libertaire) ; l'anarchisme est le mouvement social qui poursuit la réalisation de l'idéal anarchiste. L'anarchisme est une lutte incessante, sous les formes les plus variées, contre les préjugés, l'obscurantisme, le fait autoritaire. Il s'articule principalement autour de deux types de tâches : les unes destructives, les autres reconstructives. Les actions destructives consistent à saper profondément le principe d'autorité dans toutes ses manifestations, le démasquer, combattre toutes les man½uvres par lesquelles il tente de se réhabiliter et de se survivre sous une autre forme. Les actions reconstructives, parfois parallèles aux destructives, visent à mettre en place un fonctionnement fédéraliste et de gestion directe. Pour cela, il faut un outil adapté, une organisation...

Organisation.

L'organisation est fonction du degré de conscience, atteint par les discussions, débats et confrontation d'idées, et dans l'action. Plus cette conscience sera grande et plus la vitalité de l'organisation sera élevée. Pour aboutir à une organisation souple et forte, en même temps conforme à l'esprit libertaire, il faut aller de la base au sommet, de l'unité au nombre, du particulier au collectif. Nous nous accordons entre individus et groupes sur un ensemble de principes généraux, de conceptions fondamentales et d'applications pratiques (voir nos " Principes de base ") : c'est le fédéralisme qui permet à chacun de rester lui-même, de se soustraire à tout écrasement, de garder son autonomie, de prendre une part active à la vie de l'organisation, d'émettre son opinion. Une telle organisation laisse à chacun de ses éléments la totalité des forces qui lui sont propres, tandis que par l'association de ces forces, elle atteint elle-même son maximum de vitalité. Action.

L'action n'est pas l'agitation. Elle doit correspondre à un but, la révolution libertaire, et à une stratégie, plus circonstancielle. Parfois, la situation sociale est provisoirement calme, parfois elle s'emballe. L'organisation doit s'adapter à ces différentes phases. En tout état de cause, la place des militants anarchistes est dans la lutte sociale, expression de la lutte des classes, y compris dans les luttes dites réformistes (lutte contre la précarité, contre les licenciements, augmentation des salaires, défense des services publics...), avec nos pratiques antiautoritaires et d'action directe (contrôle et révocabilité des mandatés...), et nos perspectives d'ensemble.

C'est de la confrontation entre nos idées, nos pratiques, et les masses, que peut surgir ou naître progressivement la conscience révolutionnaire.

Des propositions.

L'anarchisme, enfin, est un ensemble de propositions et de pratiques tendant à l'émancipation totale de l'homme en société. Si la société existe en tant qu'entité sociologique, l'individu existe tout autant, sans rapport hiérarchique à cette société. C'est donc l'harmonie entre ces deux éléments que recherchent les anarchistes.

L'émancipation est de triple nature. Emancipation économique d'abord, par la réappropriation des outils de production, leur gestion directe par les travailleurs eux mêmes, et par la répartition égalitaire des richesses.

Emancipation politique ensuite, par le remplacement de la bureaucratie d'État, par une organisation fédéraliste des secteurs de la société, maintenant la cohésion et préservant l'autonomie.

Emancipation intellectuelle, enfin, via la prise en charge par l'individu de son rôle social, reléguant la religion et toute forme de soumission au musée des horreurs. Une société sans classe et sans Etat, organisée par et pour les femmes et les hommes, voilà ce que veut l'anarchisme.

L'anarchiste est par tempérament et par définition réfractaire à tout embrigadement qui trace à l'esprit des limites et encercle la vie. Il nie le principe d'autorité dans l'organisation sociale. Il ne peut donc y avoir de catéchisme libertaire.

L'organisation anarchiste de la société, émanation directe de la volonté des individus et des groupements sociaux, ne pourra se réaliser qu'en dehors et contre la tutelle de tous les organismes et structures autoritaires établis sur l'inégalité économique et sociale.

Les fondements éthiques et organiques du fédéralisme libertaire sont : la liberté comme base, l'égalité économique et sociale comme moyen, la fraternité comme but. Cette définition marque la profonde différence entre le fédéralisme libertaire et le " fédéralisme étatique ".

Nous appelons de toutes nos forces une société de type fédéraliste, fondée sur la possession collective ou individuelle des moyens de production et de distribution (excluant toute possibilité pour certains de vivre du travail d'autres), l'entraide, l'abolition du salariat et de l'exploitation de l'homme par l'homme.

Les anarchistes n'accordent aucun crédit à un simple changement des personnes qui exercent l'autorité : les mêmes causes engendrent les mêmes effets. Toutes les formes d'autorité se tiennent. En laisser subsister une seule, c'est favoriser la réapparition de toutes.

Vers une société libertaire.

Pour arriver à instaurer une société libertaire, il faut se doter de moyens en accord avec la finalité. Tel que l'exprime Errico Malatesta, " ces moyens ne sont pas arbitraires, ils dérivent nécessairement des fins que l'on se propose et des circonstances dans lesquelles on lutte. En se trompant sur le choix des moyens, on n'atteint pas le but envisagé, mais on s'en éloigne, vers des réalités souvent opposées et qui sont la conséquence naturelle et nécessaire des méthodes que l'on emploie ".

Il est possible de vivre dans une société égalitaire, gérée directement et librement par ses diverses composantes (individus, groupements sociaux, économiques, culturels, ethniques...) dans le cadre du fédéralisme.

Les règles qui vont faire fonctionner une telle société sont basées sur des contrats mutuels, égalitaires, réciproques, pouvant être remis en cause à tout instant. Ces contrats peuvent être écrits ou tacites.

Mandatements.

Une telle société ne peut évidemment pas fonctionner sans entraide ni coopération volontaire. La délégation de responsabilité permettra de discuter au niveau fédéral. Mais attention, entendons-nous sur les mots : pour les anarchistes, chaque délégué reçoit un mandat précis . L'assemblée qui l'a mandaté exerce un contrôle permanent sur son travail, et, surtout, peut le révoquer à tout moment si le travail qu'il effectue ne correspond pas à son mandat.

L'anarchisme est une proposition globale de société cherchant à promouvoir une civilisation réellement différente. Il oppose le principe de liberté au principe d'autorité, l'entraide à la loi de la jungle, l'égalité à la discrimination. " Aussi longtemps que la société sera basée sur l'autorité, les anarchistes resteront en état perpétuel d'insurrection. "

(Élisée Reclus)

Fédération anarchiste

# Posté le vendredi 11 février 2005 08:21

Le pauvre petit

Il a de nouveaux souliers, le pauvre petit
Il habite chez ses parents, le pauvre petit
Il va à l'Université de Toronto, le pauvre petit
Il a une carrière devant lui, le pauvre petit
Il a déjà un bon emploi, le pauvre petit
Il épargne des milliers de dollars, le pauvre petit
Il va bientôt s'acheter une maison, le pauvre petit
Il a une belle petite blonde à ses pieds, le pauvre petit
Il aura des enfants, le pauvre petit
Il aura un condo en Floride, le pauvre petit
Il aura un bloc appartement dans le centre-ville de Toronto, le pauvre petit
Il sera riche, fortune amassée sur une longue période, le pauvre petit
Mais il sera malheureux, le pauvre petit
N'aura rien réalisé de ses rêves, le pauvre petit
À cinquante ans, il fera sa ménopause, le pauvre petit
Il ne se comprendra plus, il aura des regrets et des remords, le pauvre petit
Son passé sans histoire refera surface,
il y trouvera tout de même des choses à regretter, le pauvre petit
Il aura besoin d'aide et de drogues, le pauvre petit
Un cancer l'emportera, le pauvre petit

# Posté le vendredi 11 février 2005 07:55

Hell Help

Sans enfer, il n'y a pas de ciel
Sans diable, il n'y a pas de dieu
Sans médiocrité, il n'y a pas d'excellence
Sans mort, il n'y a pas de vie
Sans noirceur, il n'y a pas de clarté
Sans malheur, il n'y a pas de bonheur
Sans immoralité, il n'y a pas de moralité
Sans mortalité, il n'y a pas d'immortalité
Sans perversité, il n'y a pas de pureté
Sans mal, il n'y a pas de bien
Ainsi le mal est essentiel
Vive le mal !

# Posté le vendredi 11 février 2005 07:54

L'Alchimiste

Moi, un anarchiste ?
Mais pas du tout mon ami, tu te trompes
Je suis un alchimiste, c'est tout différent
Je transforme le coeur pourri des gens en quelque chose de potable
Du capitalisme et du communisme à autre chose encore non inventé
De l'amour artificiel à autre chose encore non inventé
Des valeurs morales obligées à quelque chose encore non inventé
De la race humaine à quelque chose encore non inventé
Sublimation de tout à autre chose
Plutôt que destruction systématique de tout
Ce n'est pas peu dire
L'anarchie existe, est nécessaire au changement, mais ne dure jamais très longtemps
Tout de suite on s'entre-tue et quelqu'un prend le contrôle
L'anarchie ne suffit donc pas, il faut l'alchimie
Voilà pourquoi je suis un alchimiste

# Posté le vendredi 11 février 2005 07:53